William Reymond, journaliste français vivant aux États-Unis, est l’auteur de « Toxic : Obésité, malbouffe, maladies… Enquête sur les vrais coupables ».

 

Quelle est la cause de la pandémie d’obésité, outre la suralimentation et la sédentarité ?

William Reymond – Le troisième grand coupable de la crise de pandémie d’obésité qui touche le monde entier est l’industrie agro-alimentaire. En fait, depuis 20 ans, on nous dit qu’il faut manger moins et bouger plus – des conseils qui sont pleins de sens -, mais on se rend compte que ça ne fonctionne pas. Les gens font du sport, suivent des régimes, mais ils continuent à prendre du poids. Mon travail dans Toxic a justement été de m’intéresser au contenu de nos assiettes, me demander : « Est-ce que ce n’est pas ce contenu-là qui est responsable de nos problèmes, aujourd’hui ? ».

 

Peut-on échapper aux aliments industriels ?

William Reymond – Il est de plus en plus difficile d’échapper aux aliments industriels, notre alimentation en est majoritairement composée et, avec notre mode de vie, aujourd’hui, il est extrêmement difficile de mettre cette pression sur une mère de famille qui a un travail, qui a des enfants, et lui dire : « Quand vous allez faire vos achats, il faut passer du temps à lire les étiquettes, il faut faire attention », c’est pour ça qu’au-delà du choix personnel, il faut aussi que les gouvernements réagissent. D’autant plus que, et c’est quelque chose qui me heurte vraiment, aujourd’hui nous sommes dans une situation d’apartheid économique. C’est-à-dire que les gens qui ont l’argent peuvent consommer des produits plutôt sains. Ils peuvent éviter cette nourriture industrielle. Mais dans les milieux défavorisés, ce n’est pas le cas. L’exemple le plus flagrant et récent à Montréal, c’est l’histoire de l’implantation des fast-foods. On s’est rendu compte qu’il y a plus de fast-foods en milieu défavorisé que dans les milieux plus riches. Pourquoi ? Parce que c’est le seul accès à la nourriture. Donc, il y a un vrai problème de société sur ce plan.


Que reprochez-vous à l’industrie agroalimentaire et aux gouvernements ?

William Reymond – Lorsque des entreprises vous expliquent que c’est votre responsabilité de cuire suffisamment la viande, lorsque c’est votre responsabilité de bien manger, lorsque c’est votre responsabilité – même si vous avez 8, 9 ou 10 ans – de bien lire les étiquettes, lorsque c’est votre responsabilité de parent d’éviter la publicité alors que l’on en est entouré, alors qu‘aujourd’hui ces gens du marketing travaillent sur des techniques de neuromarketing, c’est-à-dire s’adresser directement à votre inconscient, à votre cerveau, c’est de l’hypocrisie. Cette hypocrisie-là me révolte et, forcément, on ne peut pas travailler sur ce sujet-là et rester froid parce que l’alimentation, c’est notre survie. J’ai rencontré un chercheur qui me disait que finalement, dans la vie, il n’y a que deux choses, il y a l’alimentation et le sexe parce que c’est la reproduction, parce que c’est notre vie. Et lorsqu’on commence à s’attaquer à notre alimentation, on s’attaque à notre survie.

Il y a un problème de fond et ce que j’explique dans le livre c’est que notre alimentation sert d’abord notre responsabilité, il ne faut pas oublier ça. Manger, c’est voter trois fois par jour; faites un choix, mais sans une action collective, sans une action de nos gouvernements – je parle des gouvernements américain, canadien, européen -, on n’y arrivera pas parce que ce sera beaucoup trop de pression sur le consommateur. C’est uniquement faire peur au consommateur que de lui dire : « Attention c’est pas bon, attention il y a danger ». Il y a une limite à ce que nous pouvons faire. Après, c’est à nos gouvernements d’agir et de légiférer, d’interdire, de changer les politiques agricoles, de supporter financièrement l’agriculture biologique, par exemple.

 

Comment inciter l’industrie agroalimentaire à offrir davantage d’aliments sains ?

William Reymond – Il y a une chose à savoir d’abord. En tant que consommateur, nos choix comptent. L’industrie est là pour nous vendre des produits. Lorsqu’ils se rendront compte que la demande va vers de bons produits, ils nous vendront de bons produits. Ce n’est pas plus compliqué que ça. On s’est rendu compte dans des pays comme le Danemark, qui ont interdit certains produits, que ça ne veut pas dire que la consommation des hamburgers a baissé, que la consommation des sodas a baissé, c’est que, simplement, leur composition a changé et les gens continuent à en acheter. Donc, ça, c’est un espoir sur le plan individuel, c’est-à-dire que chaque fois que vous investissez un euro dans un produit, il faut savoir que vous faites un choix et que ce choix a des conséquences et des retombées. C’est une chose. Malheureusement, c’est un processus qui prend énormément de temps ; qui est nécessaire, mais qui prend énormément de temps. Et tout ce qui est démarche volontaire d’entreprises, le discours « Faites-nous confiance, on va le faire », en fait, c’est un écran de fumée inspiré du même combat que lorsqu’on a essayé de faire tout le procès autour de la cigarette, qui a dit on veut surtout pas de loi, on veut surtout pas de législation, et donc on préfère donner l’illusion qu’on se charge du problème ; mais c’est une illusion. McDonald’s, par exemple, va vendre des salades, mais ça représente 2 % des produits vendus ; donc, sur certains ingrédients, les acides gras trans par exemple, ou le sirop de fructose-glucose, il faut légiférer, il n’y a pas d’autre choix.

Interview complète à cette adresse :
http://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Dossiers/ArticleComplementaire.aspx?doc=transcription_reymond_w_ent

Extrait du livre :

« Certains retraités avaient noté que la tolérance au produit variait selon sa composition. L’un d’eux avait résumé cela le plus candidement possible :
‘La différence entre le sucre et le sirop de maïs ? Avant, vous buviez deux ou trois Coke d’affilée et, à cause des quantités de sucre, vous étiez malade. Maintenant vous pouvez vous descendre un ou deux litres et ne pas vomir. Pour recommencer quelques minutes après. Voilà la différence !’
Si la remarque, fruit d’un savoir empirique, était juste, cela signifiait que l’HFCS avait réussi à contourner la résistance naturelle de l’organisme à l’excès de glucides. Et, exactement comme un agent toxique, avait déréglé notre tolérance aux produits sucrés. Une idée effrayante. Qu’il me restait à prouver.  »

http://www.evene.fr/livres/livre/william-reymond-toxic-25946.php?citations

 

Un autre livre sur les moyens non coûteux de préserver sa santé :
« La solution intérieure » du Docteur Thierry Janssen

Publié le 02/08/2010 – Actualisé le 29/01/2018