« Si nous mangeons trop et mal, si, malgré la culpabilité et nos connaissances, nous éprouvons tant de difficultés à nous nourrir autrement, c’est parce que certains ingrédients contenus dans la malbouffe jouent le même rôle que ceux autrefois mixés au tabac : nous rendre accro.

Ce genre de dépendance a été prouvé, en théorie, en… 1976. (…) Cette année-là, Anthony Sclafani, jeune chercheur de l’université de Chicago, publiait Dietary Obesity in Adult Rats : Similarities to Hypotalamic and Human Obesity Syndromes. Un titre guère accrocheur mais une étude fascinante. Qui débutait par un… accident.

Par inadvertance, le scientifique avait en effet laissé tomber une poignée de Fruit Loops dans la cage d’un rongeur qu’il observait. Le rat s’était précipité sur la céréale dorée fortement sucrée et l’avait dévorée immédiatement.

La rapidité du mammifère ayant étonné Sclafani – les rats sont des animaux prudents et c’était la première fois qu’il en voyait un s’avancer vers la lumière sans prendre le temps de vérifier si les lieux était sûrs -, celui-ci décida de reproduire l’expérience de manière plus scientifique et à plus grande échelle. Et, cette fois, sur des rats nourris régulièrement de Fruit Loops pour simuler un comportement de dépendance.

Les résultats l’étonnèrent : alors que les rats vivaient à l’abri, il suffisait qu’il dispose quelques céréales en pleine lumière pour que les rongeurs se précipitent vers elles !

Le plus étrange, c’est que cette expérience ne fonctionnait pas avec la nourriture habituellement donnée aux rongeurs. Comme si quelque chose dans les céréales déclenchait cet appétit subit. Quelque chose de suffisamment puissant pour déprogrammer le code de survie inscrit depuis toujours dans l’ADN de l’animal !

Restait une ultime étape : nourrir les rats avec d’autres aliments appartenant à ce que Sclafani nommait alors le « régime supermarché », c’est-à-dire des produits de l’industrie agroalimentaire.

De la charcuterie industrielle aux biscuits, le résultat fut le même. Ignorant les risques et leur instinct, les rats se précipitaient sans hésiter vers cette nourriture. Notre nourriture.

Mieux – enfin pire : alors que le poids du rongeur s’autorégule à hauteur de ses besoins et de sa dépense en calories, la toxic food détruisait ce garde-fou. Non seulement les rats de Sclafani devenaient obèses, mais de plus, ne pouvant s’arrêter de consommaer, ils mangeaient à en crever ! »

Extrait du livre « Toxic food : Enquête sur les secrets de la nouvelle malbouffe » de William Reymond paru en 2009 (pages 277-279)

 

Note de la page 281 : 
« Lire à ce sujet, The End of Overeating où des responsables de chaînes de restaurants et des dirigeants de sociétés de conception de goût synthétique confessent la nature volontairement addictive de leurs produits. »