Interview de Thierry Souccar, journaliste et écrivain scientifique. Après le succès de Santé mensonges et propagande, il jette un nouveau pavé dans la mare de l’industrie laitière et de la nutrition « officielle ».


Pendant les 2 semaines qui ont suivi la catastrophe de Tchernobyl, tous les médias français se sont bornés à rapporter la « source officielle ». N’y a t-il pas une similitude avec les produits laitiers, la majorité des médias glorifiant les laitages car l’info vient de « sources officielles » ?
Oui, hormis bizarrement dans la presse féminine et un peu la presse santé, il y a très peu d’esprit critique face à la science  » officielle « . Les journalistes de la presse féminine sont plutôt frondeuses, il y a quelques  » pétroleuses  » sympathiques qui heureusement remettent en cause ce qu’elles entendent. Je pense sincèrement qu’on trouve dans cette presse plus d’informations objectives qu’ailleurs. Des journaux comme Le Monde ou Le Figaro dénoncent volontiers tel ou tel trait de la société, mais quand on en vient au domaine de la santé, il n’y a plus guère d’esprit critique, c’est très étrange.

Comment expliquez-vous le fait que la majorité des articles qui remettent en question les produits laitiers soient d’origines anglo-saxonnes ?
La plupart des articles de nutrition viennent des Etats-Unis parce que pendant la guerre ils se sont préoccupés de l’état sanitaire de la population. Après la guerre, il y a eu la prise de conscience que l’alimentation jouait un rôle sur le risque de maladie (notamment cardiovasculaire) et ensuite l’épidémie d’obésité les a forcés à aller encore plus loin dans cette exploration. Au passage, ils sont tombés sur les laitages…

Vous intervenez souvent dans les médias en tant qu’expert anti-lobby de l’industrie laitière. Ce combat semble vous tenir à cœur, pourquoi ?
Parce que je crois que c’est dans ce domaine que j’entends depuis des années le plus de mensonges. Il y a eu à un moment en moi comme une sorte de ras-le-bol de toutes ces campagnes publicitaires, ces messages gouvernementaux, ces experts aveugles et sourds. Donc, je me suis dit, je vais dire ce que l’on sait, je vais mettre les pieds dans le plat. Pas avec des arguments mous, comme ceux des naturopathes, ni de l’idéologie, mais sur leur propre terrain, celui de la science, avec des études, des faits, des chiffres et au passage je vais expliquer comment le lobby laitier a pénétré partout.

Que dire aux femmes qui consomment des laitages parce que des « sources officielles  » (publicités, organismes gouvernementaux, médecins) leur disent que c’est indispensable à la prévention de l’ostéoporose ?
Il n’y a aujourd’hui aucune preuve que les laitages rendent les os plus solides. C’est ce que j’ai démontré, décortiqué, dans Lait, mensonges et propagande. Je pense qu’on peut consommer sans problème un laitage par jour si on aime ça (un fromage par exemple), mais il ne faut pas en faire une obligation.

Que dire aux personnes qui consomment des laitages parce que ces mêmes « sources officielles » leur disent que c’est indispensable à la nutrition et santé humaines ?
Leur demander comment l’espèce humaine, qui a 7 millions d’années a réussi à vivre et bien vivre sans aucun laitage, puisqu’ils ont été introduits il y a moins de dix mille ans. Sur une échelle qui irait du 1er janvier au 31 décembre minuit, c’est un peu comme si on introduisait les laitages dans l’après midi du 31 décembre.

Comment prévoyez-vous l’évolution des médias français et du grand public sur la question de la consommation des produits laitiers ?
Déjà, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, la consommation de laitages est en baisse, grâce au travail d’information de mes confrères et aussi grâce à des chercheurs comme Walter Willett de Harvard qui considère qu’encourager la consommation de laitages est « irresponsable ». La France va suivre inéluctablement. Il faudrait déjà se poser la question de la reconversion des producteurs vers des activités plus éthiques et qui servent mieux la santé humaine.