Non, ce n’est pas la première fois que l’émission santé de France 5 prend des libertés avec ce que montrent les études scientifiques publiées

Mais tant de « trous de mémoire » de la part des « spécialistes » choisies pour parler du sujet, est-ce inquiétant ? Ou… pas étonnant vu leurs conflits d’intérêt ?

 

Fertilité

Et Mariette Gerber de renchérir : « Il y a des études qui montrent bien (sic) que les hommes qui ont été élevés avec des produits à base de soja (…), on voit ça surtout aux États-Unis, (Ah bon ? Pas dans les autres pays ?) ont une diminution du compte de spermatozoïdes qui est significative (re-sic) ». Sauf que évidemment strictement aucune étude ne corrobore cette mâle assertion… L’étude de Brian Strom, qui évalua notamment l’incidence sur la fertilité chez les homme (et les femmes), alimentés pendant leur enfance avec des préparations pour nourrissons (« laits infantiles ») à base de soja (PPS) n’a aucune incidence sur la fertilité à long terme, entre autres…

Mariette Gerber, qui présidait le rapport « Phyto-œstrogènes », ANSES (ex-AFSSA), de mars 2005, dans lequel cette étude est mentionnée, ne peut évidemment l’ignorer.

Diabète

À la question posée par une spectatrice demandant si l’usage du soja est recommandé en cas de diabète, Catherine Serfaty-Lacrosnière rétorque que les aliments à base de soja présentent l’inconvénient de nécessiter un ajout de sucre (sic) ! En revanche, ni Catherine Serfaty-Lacrosnière, ni Mariette Gerber n’évoquent les effets bénéfiques du soja tant dans la prévention que le traitement des  diabètes (type 1 et 2), le mécanisme d’action ayant par ailleurs été élucidé.

Cette petite manigance est rendue d’autant plus insupportable que, c’est en France, dès le XIXe siècle, que furent obtenus les premiers succès thérapeutiques dans le traitement du diabète grâce au soja. On citera à cet égard les travaux des Drs Ménudier, Lecerf et du Pr Dujardin-Beaumetz. Il n’avait pas échappé à ces pionniers que le soja ne contenait pratiquement pas de glucides, ce qui en faisait un aliment particulièrement indiqué dans le traitement du diabète. Mais deux siècles plus tard, Catherine Serfaty-Lacrosnière, et Mariette Gerber, semblent encore l’ignorer…

Hypertension

« Le soja est bon pour la prévention cardiovasculaire, mais ça ne passe pas par l’hypertension mais ça passe plutôt par le cholestérol ». Une fois de plus, Catherine Serfaty-Lacrosnière fait preuve de beaucoup de légèreté, car de nombreuses études, plus d’une centaine (!), je ne puis donc ici toutes les citer, indiquent clairement que le soja combat efficacement l’hypertension.

Pour mémoire, on retiendra cette étude publiée en 2008 dans le Journal of Nutrition, l’une des plus prestigieuses revues en la matière, a priori, difficile de passer à coté, dans laquelle on peut lire que « la consommation de protéines de soja est inversement associée à une pression sanguine élevée ».

Arthrose

À la question d’une spectatrice : « Est-ce que le soja est conseillé en cas d’arthrose ? », Mariette Gerber rétorque, péremptoire, « Alors là, il y a vraiment pas d’étude ». «  Vraiment pas » ? Et ça, c’est quoi ?

Les isoflavones semblent à ce point efficaces que certains chercheurs suggèrent même leur utilisation dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde !

Il faut savoir que l’arthrose est un maladie inflammatoire. Or, les flavonoïdes, classe de composés à laquelle appartiennent les isoflavones (du soja), figurent parmi les composés naturels les plus puissamment anti-inflammatoires. La requête Medline « flavonoïdes » « inflammation » produit près de 3000 réponses ! « Vraiment »…beaucoup !

Ces lacunes de Mariette Gerber sont d’autant plus surprenantes que, au moins en France, on prescrit couramment un médicament à base de soja destiné au traitement…de l’arthrose ! Si Mariette Gerber n’est pas capable de consulter correctement une base de données scientifiques, qu’elle prenne au moins la peine d’aller demander conseil à son pharmacien…

Cancer du sein

Florence Trémollières assène que les compléments alimentaires à base d’isoflavones de soja (destinés au traitement de la ménopause) sont « surtout contre-indiqués chez les femmes chez qui ont vient de découvrir un cancer du sein ». Eh bien non justement ! Strictement aucune étude ne corrobore cette sortie aussi péremptoire que hasardeuse, bien au contraire. Toutes les études évaluant l’incidence des isoflavones (de soja) sur risque de cancer du sein concluent invariablement à une réduction de ce risque, et notamment une amélioration des chances de survie chez les femmes atteintes d’un cancer du sein.

Ainsi, dès 2004, une première évaluation clinique montre qu’une supplémentation en isoflavones chez des femmes atteintes de cancer du sein réduit la tumorisation.

Je souligne que cette étude sera fort opportunément « oubliée » dans le rapport ANSES (ex-AFSSA) que présidait une certaine Mariette Gerber. À ce sujet, je serais très curieux d’apprendre de la bouche de l’intéressée les raisons qui ont conduit à cet escamotage, surtout lorsque Mariette Gerber fait par ailleurs si grand cas d’une étude conduite chez une souris transgénique : les rongeurs « OGM » seraient-ils un modèle expérimental plus fiable que la femme elle-même ?

Autre bobard entendu à ce sujet, dans la bouche de Catherine Serfaty-Lacrosnière, les effets protecteurs du soja vis-à-vis du cancer du sein dépendraient de « la région du monde dans laquelle on se trouve ». Selon elle, à Shanghai, l’exemple qu’elle cite, le soja protégerait du cancer du sein, mais pas ailleurs. Eh bien, disons alors que, par exemple, cette étude conduite en Allemagne en 2012, qui conclut que la consommation de soja prévient le risque de cancer du sein chez des femmes ménopausées, allemandes donc, n’a jamais existé, et n’est que le produit de mon imagination.

 

Pour en savoir plus sur les conflits d’intérêts des « spécialistes » invitées : www.lanutrition.fr/bien-dans-son-assiette/aliments/le-soja/soja-mensonges-et-propagande-au-magazine-de-la-sante.html